Marianne,
02/08/07
On connaissait le fauchage
d’OGM. On vient de découvrir le sabotage de plantations bio. Les pro-OGM commenceraient-ils à se faire entendre ? En attendant, les anti menacent le gouvernement de continuer les fauchages. La
guerre semble se radicaliser.
« Un moratoire sur les OGM est indispensable pour éviter une guerre dans les campagnes. » Maïté Goienetxe est technicienne dans le
groupement des producteurs biologiques du Pays basque. Comme beaucoup d’acteurs de la polémique OGM, elle n’hésite plus à utiliser le terme de « guerre » entre pro et anti
transgénique. Surtout depuis le sabotage, la semaine dernière dans les Pyrénées Atlantiques, de parcelles de maïs biologique, aspergées par un produit chimique. Ces plantations n’étaient pas
vraiment comme les autres. Entourées par des parcelles OGM, elles participaient à une expérimentation visant à mesurer la pollinisation du maïs bio par le maïs transgénique. « Ce
sabotage veut nous empêcher de démontrer que la coexistence entre maïs OGM et non OGM est impossible » affirme Patrick De Kochko, ingénieur agronome.
Ce sabotage est une première en France. Serait-il le signe d’un réveil des pro-OGM français ? « J’ai longtemps reproché aux
agriculteurs leur passivité. Ils ont laissé les faucheurs occuper le terrain » explique Jean-Marie Bidaux, fondateur du site web pro-OGM « Pour une agriculture demain ».
« Mais depuis un an, ils commencent à réagir. » Alors œil pour œil, sabotage pour fauchage ? « Sûrement pas » rétorque Jean-Marie Bidaux, « le
sabotage, sous quelque prétexte que ce soit, est inadmissible. Et puis je ne pense pas que les pro-OGM soient amenés à faire des actions radicales, car ils ne sont pas habités par l’agressivité
qui caractérise les anti. »
Il faut dire aussi que le vent tourne plutôt dans le bon sens, pour les adeptes des biotechnologies. Cette année, la France a quadruplé sa surface de
plantations transgéniques : 20 000 hectares accueillent désormais des OGM. Il y a deux ans, ils n’étaient que 500. « C’est une explosion » s’alarme Magali Ringoot, chargée
de campagne OGM à Greenpeace. « Ca y est, la France s’engage clairement dans le transgénique. Nous sommes devenus le deuxième producteur d’Europe, après l’Espagne. » Autre
victoire pour les pro : la France a accepté en juin que les produits bio puissent contenir jusqu’à 0,9 % d’OGM. Enfin, notons que le président nouvellement élu était le seul des candidats à ne
pas s’être prononcé en faveur d’un moratoire sur les OGM.
Des évolutions bien douloureuses pour les anti, mais qui restent toujours aussi mobilisés. Le mois dernier, le semencier Limagrain a menacé de
quitter la France après un énième fauchage de ses parcelles. Mais, comme l’affirme le pro-OGM Jean-Marie Bidaux, « Les faucheurs auront du mal à détruire les milliers de nouveaux
hectares plantés cette année. Ils se sentent débordés. » Ce qui ne les empêche pas de se montrer virulents. Mardi dernier, un groupe de militants, parmi lesquels José Bové, ont exigé
auprès du ministère de l’Ecologie la mise en place immédiate d’un moratoire sur les OGM. Mais le ministère les a renvoyés au « Grenelle de l’environnement », prévu en octobre. Une
réponse insatisfaisante pour les militants, qui ont clairement menacé d’appeler au fauchage si rien ne changeait dans les jours à venir. « Les militants sont déterminés, malgré la
répression qui s’intensifie. Maintenant, la prison avec sursis est devenue quasiment systématique » souligne Magali Ringoot.
En attendant, dans les campagnes, la situation deviendrait de plus en plus délicate. « C’est sans précédent. Avant, la question des OGM
opposait surtout la société civile aux grandes multinationales. Là, ça se complique. Ce sont les agriculteurs qui s’opposent entre eux. C’est une guerre entre voisins. » Et une guerre
du soupçon, puisque rares sont les agriculteurs connus pour cultiver des OGM. Aujourd’hui, les autorités ne précisent pas la localisation des parcelles transgéniques, seul le nombre d’hectares
par canton est dévoilé, sans plus de précisions. « Comment un agriculteur peut-il savoir si son voisin ne cultive pas des OGM ? Comment peut-il être sûr de ne pas perdre son label
bio ? » Mais avec l’extension des surfaces, l’augmentation du nombre d’agriculteurs OGM, et le lobbying des semenciers, cultiver du transgénique commence à devenir moins tabou.
C’est pourquoi, selon Magali Ringoot, « on risque d’assister bientôt à une guerre plus ouverte. »